vendredi 12 juin 2009

Sur le motif




jeudi 11 juin 2009

Hortus salis ! Stella pompidolum !

J'ai descendu aux jardins de Seille,
pour y cueillir dans l'abondance, compagnons blancs et sainfoins roses, tremblantes amourettes et sabots-de-Vénus, ciboulette et caille-lait.
J'y descendis pour y lorgner,
marguerites et dents-de-lion, chicorées bleues et coquelicots, barbes-de-bouc, oreilles d'ours, de souris ou de lièvres.
J'en avais pas cueilli trois brins,
qu'un rossignol passait par là, entre cyprès élancés et saules pleureurs, sycomores et cornouillers rouges, trembles d'argent et roseaux raides, et même culs-de-chien, restes de terrains ensauvagés.
j'en avais pas grande pincette,
qu'un pigeon y fendait l'air, entre joggeurs et VTT, pêcheurs et amoureux, y reluquant des belles-dames, papillons noir et orange, phénomènes migrant d'Afrique à la Scandinavie.
Ils me dirent trois mots en latin,
Ave Stella Pompidolum,
rêves et génies d'architectes, les Shigeru Ban et De Gastines, audace de messins culottés, ton toit cabossé, ta flèche fait la nique à la cathédrale, là-bas. Ainsi haute de 19,77 m., elle rappelle l'inauguration de ton ainé à Beaubourg.
Foin de jacasserie ! dit la caille margoteuse.
- Souviens-toi... "Salis", le sel, à 130 km. d'ici, à ta source, il parraina tes rives. Et travaux de Gallo-romains ! Amphithéâtre, arènes et trouvailles archéo dans la caillasse...
- Garde souvenance des vignes au chaud-côté, vers Plantières, la Belle-Tanche, la Haute-Bevoye, jusqu'à Magny, quand le vin blanc de Seille, champagnisé s'expédiait jusqu'en Russie !
- Imagine encore, au couchant, les fermes fortifiées, La Horgne, La Grange-le-Mercier, maraichage, fraises, asperges du Sablon, les femmes aux halettes.
Une pie jaseuse radote,
pense, repense aux victimes du Feu-de-Saint-Antoine, en paix, au Cimetière de l'Est, tout proche. Vois les clochers de Queuleu - patronyme de la dame de Koltès, rappelle-toi les Simon, les Louis, et autres pépinières... l'ex-foire expo, la gare de marchandises - sans tags. Barbes-à-papa et panaches de vapeur ! Chevaux de bois et locomotives !
Un bruant minuscule s'égosille,
pour conseiller, contemple la grande coulée verte, vallonnée, serpentée de chemins, grimpe aux pontons garde-fous, avise les reflets frissonnants des eaux calmes, repère les blocs de Jaumont aux coquillages fossiles.
- Assieds-toi, accueille en toi l'esprit des lieux. Hortus salis, jardins de Seille.

Avant-première ! Mai-Octobre 2009
Branles-bas de fête "Constellation" à Metz
Auréolés de parvis et jardins épatants,
Étoile Pompidou ! Seille ! Palais des sports !
Vous tutoyez déjà le troisième millénaire.

lundi 1 juin 2009

Jardin buissonnier dans un abécédaire

Pour Chloé

A l’approche du bois, je te dirai les fleurs.

Boutonneuses ou non, elles seront la jeunesse.

Comme nous passerons près du pont des flâneurs,

Des ridules de l’eau montera la vieillesse.

Entre ces temps vitaux, les statues et les pots

Formeront une allée, les jalons d’une vie.

Grandiras-tu en arbre pour tous comme un chapeau ?

Herbe mauvaise plutôt en quête de survie ?

Il sera de ta vie comme une île de verdure,

Jolie mais accessible que pour ceux qui endurent.

Kakis seront les bancs afin que jamais ne vienne

L’armée ou la police, nulle invasion martienne.

Mieux ! Y gambaderont le libre et l’écureuil,

Nul « il faut », que l’envie, que des malices d’oeil.

Ombrageuse parfois. Tu seras de lumière

Plus souvent. Autant toi en sous-bois, qu’en clairière.

Quand enfin il sera temps pour toi d’y aller,

Riant je t’ouvrirai le portail de l’allée.

Suivant alors tes dons, l’appel de ta nature,

Tu lanceras entière, ton âme dans l’aventure.

Un jour alors, de toi tu feras la trouvaille.

Voilà tu seras là, arrivée sur tes rails,

Wagon d’un petit train qui un jour posera un

X né rien que pour toi, qui te sera quelqu’un.

Y trouveras-tu ce qui t’est déjà inné ?

Zozote longtemps ma fille, ton jardin n’est pas né.

mardi 19 mai 2009

Rêves abracadabra

(Sur l'air de : L'était poulette grise
qu'allait pondre dans l'église)

L'était poulette noire, qui pondait dans le noir,
des œufs coquille de jais, pleins de vitamines C.

L'était dindon gris-noir, qui dormait comme un loir
à joc auprès d'un coq, cocorico de choc !

L'était maitre Corbeau, dans l'arbre tout là-haut
reniflant plein d'envie, des truffes sous les taillis.

L'était un rat noiraud, avec des idées noires
qui trépignait d'angoisse, coincé dans une nasse.

L'était un diable fou, encorné comme un bouc
qui attendait la nuit pour baguenauder sans bruit.

L'était un cheval moreau qui s'appelait Négro
comme chez Romanichels, attelé à une calèche.

Là-dedans, gamins de chez nous, blancs-noirs pleins de bâgout
venus camper au lavoir, dans la nuit d'encre noire.

L'étaient dans leurs paniers, pain noir et p'tits pâtés,
chocolat, gelée de mûres, p'tit déj au clair de lune.

L'étaient des gais ronchons, enfouis dans leurs plumons,
qu'entendent charabia, rêvent abracadabra !

jeudi 7 mai 2009

Fleurs de soumission

- Écoutez ! à coups de battoir, la mère Denis lave plus blanc ! chemises et chaussettes, nappes et serviettes, draps et torchons...
- Hé ! bien sûr ! tout ça sèchera, blanchira sous les pommiers blancs, même sous un ciel cotonneux.

- Perchée sur le fil à linge, une colombe apeurée observe les escarmouches d'un minet tout blanc avec un dalmatien arrogant - auraient-ils l'envie de la mettre en charpie ?

- Plus loin, l'étang aux reflets argentés héberge des mouettes friandes de blanchaille.

- Dommage! Pointe l'orage ! Vite, vite, mère Denis, dépouille l'étendoir entre l'osier de ta charpagne.

- Il pleut, il pleut bergère rentre tes blancs moutons ; là-haut sous le feuillage une dame blanche se cache. Elle attend le crépuscule pour chasser avant l'aube, sans faire chou-blanc.

- Bonne nouvelle ! Aubépine en fleurs annonce Pâques !
- Sous le couvert de la haie, blanches pervenches attendent le muguet. Tout renait de but-en-blanc, sans tambour ni trompette.
Est-ce avril ou mai ? Peu me chaut ! C'est bonnet blanc et blanc bonnet.

- Adieu dernières neiges !
... Vous "Fleurs de j't'emmerde" ou "fleurs de soumission" !
C'était autrefois paroles de commis de culture pouvant changer de patron à la Saint Etienne, jour de louée, autour de la Place Saint-Louis à Metz.

Portrait chinois

Si j'étais poète, je serai friande de vers blancs,
... Marie-Jeanne ? Je passerai des nuits blanches,
... un mime ? J'aurai l'air blafard,
... gendarmette ? Je pratiquerai le tir-à-blanc,
... décoratrice ? Le blanc-cassé serait roi !

Si j'étais toque blanche, je mitonnerai du boudin blanc,
... knock-out ? Je rêverai d'en-cas de blancs-mangers,
... amuse-gueule ? Je serai farci de fromage blanc,
... ligne blanche ? Je serai un mur chaulé,
... perce-neige ? Je réveillerai un jardin d'hiver.

Si j'étais arriviste, je filouterai des blancs-becs,
... presse d'imprimerie ? Je serai lange de blanchet,
... dame précieuse ? J'aurai cou d'albâtre,
... couvent parisien ? Je serai celui des Blancs-manteaux,
... un ouragan ? Je raserai des forêts à blanc-d'estoc.

Si j'étais une blanquette de veau, j'épouserai un blanc d'Alsace,
... une colombe ? Je rêverai d'arche sur le mont Ararat,
... une falaise ? Je serai Cap-Blanc-Nez près de Sanguatte,
... une poule mouillée ? Le carré blanc respecterai,
... une oie blanche ? Décervelages et micro-fictions de Régis Jauffret m'estomaqueraient.

Si j'étais Don Quichotte, j'offrirai des chèques en blanc,
... cadavre exposé à Paris ? Je serai saigné à blanc,
... visage africain ? je perdrai ma lessive à me blanchir,
Si j'étais page blanche, je réécrirai mes saisons multicolores au plein vent de nos vies.

mercredi 6 mai 2009

Quinzaine du blanc

- Si tu étais un aliment ?
- Un aliment ? Vraiment, je ne sais pas. C'est le trou noir.
- Le trou noir, c'est troublant. Songe pourtant à tous ces aliments : lait, vin, canard au sang...
- Canard au sang ?
- Il suffit de faire semblant. Bon, plus facile alors, si tu étais un vêtement ?
- Un vêtement ? Je dois faire ressemblant ?
- Non, une fois suffit. Alors, ton vêtement ?
- Une doublure.
- Je vois que tu as compris. C'est doux, blanc et chaud. Continuons le jeu. Si tu étais un monument ?
- J'en reste comme deux ronds de flan. Un monument blanc ? Je ne vois finalement qu'une possibilité : ta statue, celle du comble de la perversité.
- Parfait, me voici comblant. Tu es insultant.
- Topkapi, alors.
- Ce jeu n'est pas concluant. Nous avons fait chou-blanc.

SUR UN TOUR DE MAGIE BLANCHE

Pour arriver jusqu’à vous, ce soir, j’ai semé des milliers de petits cailloux blancs sur le chemin de ce jour clair. La brûlure pâle de mes oublis avait laissé une marque à la craie dans ma mémoire. Le fil blanc qui cousait mon histoire s’est usé doucement au fil du temps. Il a fallu le remplacer. Où était passée la couleur des mots et des fleurs ? À quelle époque offrait-on des brassées de lilas blancs ? J’imagine les floraisons immaculées se fanant doucement dans des paniers d’osier tapissés de dentelles ajourées.
Un petit prince en manteau blanc flotte dans les écumes de ma pauvre tête. Il était là hier, saule brillant dans le ruisseau…
Je n’aime pas le lait, mais j’aime ses reflets sur la table du jardin.
« - Tu reprendras bien un petit blanc ?
- À cette heure ? Pourquoi pas ? »
La bouteille est parée de petites billes de givre clair.
« - Tu l’as mise au congélateur ! » ai-je crié de but en blanc.
Un petit nuage ouateux a caché le soleil et nettoyé mes yeux trop candides. Sous mes doigts, un paquet de poils blancs est venu se blottir, puis s’est éloigné en laissant quelques souvenirs épars sur mon pull sombre. Éclair affectueux !

De ce côté, c’est plutôt vers la nuit blanche que je penche, vers ses pentes poudreuses sur lesquelles je glisse, fantôme transparent, jusqu’au petit matin. Je me perds dans ces draps blancs ! Il faudra que j’en change ! Que j’y mette du gris.
Sur la table du salon, je sais qu’elles restent là et qu’elles m’attendent encore, ces pages sans couleur, noircies de caractères. J’aimerais ne pas savoir lire, certains jours ! Qu’il y ait encore plus de neige dans ma pauvre tête perdue ! Que s’ouvre une porte blanche à marquer d’une pierre ! Que partent l’infirmière trop propre et son habit de nonne ! Que mes petits cailloux me ramènent au chemin ! Que les fils blancs de mes oublis tissent une grande voile, et me ramènent du bon côté de cette ligne blanche, si facile à franchir jusqu’ici, pour faire chou blanc !

NEUF PERSONNAGES

NEUF PERSONNAGES EN QUÊTE DE LIENS



ELISEWIN est une petite elfe de seize ans, pleine de peurs monstrueuses, prête à se laisser engloutir par la mer à risquer de mourir pour retrouver l’envie de vivre. Elle est toute blanche, résignée et combattive à la fois, insaisissable et vaporeuse, touchante, vulnérable.
C’est une plume avec une âme qui vole dans la tempête. Elle me parle de ma fragilité, du soin que je veux qu’on prenne de moi…



LE PÈRE PLUCHE est rond et protecteur comme un gros câlin d’homme. Il sent le tabac froid et pique quand on l’embrasse. Il a été en religion il y a longtemps, quand il avait encore de l’espoir pour les hommes. Ce nom lui est resté, depuis, comme un souvenir perdu. Il rassure. Sa voix est souple et veloutée comme une tasse de chocolat chaud. Il cache son ventre rond sous de grands pulls de laine. Il n’aime pas trop la mer et le vent, mais pour les gens qu’il aime, il est prêt à affronter n’importe quoi !



MICHEL DOLLÉ, lui, c’est le petit garçon d’autrefois, qui porte un béret sur sa tête effrontée. Il a une douzaine d’années, et regarde d’un œil méfiant et curieux cette petite fille blonde au regard perdu qui parle sans arrêt de la mort de ses parents. Il est pris dans la tourmente de la guerre, et ne sait pas quoi penser des actions des grands. Lui, qui sait à peine compter, invente un Notre Père extraordinaire, une prière d’artiste, pour son frère qui meurt. Pour la petite blonde aux yeux doux, il ferait n’importe quoi, même à jouer à des jeux interdits. Comme s’il sentait que les choses belles et fortes ne durent pas que la vie peut reprendre d’un coup ce qu’elle vient de donner.



AXLE MUNSHINE est capitaine du Dauphin D’Argent, un vaisseau qui traverse le temps autant que les distances. C’est un fuyard, recherché par toutes les polices de l’univers ! Il est en quête d’une explication au mystère de sa vie, à la mort de son père. Il court après des fantômes et des chimères. Ses longs cheveux bruns bougent doucement lorsqu’il marche à grands pas. Il ne sourit pas souvent, mais il a un cœur immense, et beaucoup de chaleur en lui. Il se sent seul et digne dans son univers.



MUSKY, l’enfant pubère, ni garçon ni fille, hésite entre deux mondes. C’est un lutin qui ressemble à une abeille dans son costume rayé de jaune et noir. Il porte une immense couronne sur sa cagoule. Cet enfant voudrait grandir sous le regard de ceux qu’il aime, choisir un compagnon ou une compagne qui saurait voir son âme et son sexe vrai, sous ce déguisement qui fonctionne comme une nymphe de papillon.



DORIAN GRAY, archétype du dandy anglais. Une gravure d’artiste, une enveloppe soignée, un esthétisme des plus purs. Ses cheveux blonds ramenés en arrière étirent ses traits fins. Sa bouche sensuelle n’arrive pas toujours à cacher un pli de mépris. Il circule au milieu du monde comme un dieu, touché par une solitude mortelle qui le vide de l’intérieur. Il n’a plus d’âme et plus d’émois. Il est cruel et ne ressent pas de plaisir à l’être. Certaines femmes ne désespèrent pas de le changer, malgré le danger. Lui seul sait qu’il erre à la dérive, et que dans un sous-sol, quelque part, sa vraie nature s’écrit.



MERCUTIO, c’est le bagarreur, le bretteur, le querelleur ! Il n’aime que cela ! Prouver sa valeur ! Les fêtes dans les tavernes, sont toujours grandioses avec lui . C’est un feu d’artifice perpétuel qui ravit tous ceux qui l’entourent, et éblouit ses ennemis. Il est de tous les coups, de toutes les farces ! Son amitié est aussi fidèle que le fer de son épée est tranchant. Il peut mettre sa vie en jeu pour défendre ses amis, quelle que soit la hauteur du risque. Il n’est pas un personnage central, mais c’est un de ceux que je préfère.



ARWEN, la fille du Roi des Elfes. C’est une beauté sombre et froide. Immortelle qui donne son éternité en cadeau à l’homme qu’elle a choisi. C’est un prince charmant féminin, un contre rôle dans un univers d’hommes et de guerriers, où le mal l’emporte avec succès, jusqu’au revirement final. Par sa seule pensée, elle peut changer les évènements, elle peut guérir et ranimer. Sa couleur à elle aussi, c’est le blanc…



CORTO MALTESE, toi, je t’aime…

L’UN DES SENS

Chez moi, l’hiver, ce qui surprend, ce sont les craquements de la nuit. Le froid tue les chants des oiseaux dans les jardins de mon quartier, et c’est le silence qui fait de petits bruits secs, à intervalles réguliers. Quand le jour arrive, ce sont des bruits de moteurs frileux qui marquent le temps du lever. D’ailleurs, si je les écoute avec attention, je peux même avoir une idée du temps qu’il fait. Si le bruit est intense et ininterrompu, c’est que la chaussée est mouillée. Car la pluie fait résonner les sons jusqu’à ma chambre à l’arrière. Si le vrombissement est un rien plus modeste, je sais qu’il fait sec, mais je ne devine pas l’exacte intensité du froid. Si j’entends un ronronnement doux, je peux traîner et froisser mes oreillers, il y a du verglas, ou c’est dimanche. Même la porte de l’entrée a ses humeurs d’hiver ! Elle grince fort et s’agrippe aux carrelages qui résistent. Ma chanson à moi est intérieure et ne doit pas cesser, pas avant que le son de l’hiver baisse un peu, et que je puisse sentir dans l’air ambiant l’arrivée du printemps.


Les premières effluves se font discrètes. C’est un rien de parfum d’asphalte humide qui change, une fragrance d’herbe tendre qui traîne en attendant de pousser, un souvenir de fleurs de l’ancien printemps, qu’on attend avec une douce impatience. Le lilas qui me parle d’autres maisons, d’autres jardins… Les seringas, les roses, dont on ne peut s’empêcher de s’approcher pour en saisir les odeurs… Même la maison sent bon. Les fenêtres s’ouvrent plus souvent, plus longtemps, l’air frais se laisse aspirer à pleins poumons, avec un sourire au coin des yeux. Je guette les premiers prunelliers à l’odeur de miel fort, les fruitiers des jardins, modestes ou entêtants, et surtout les tilleuls, rois de juin, qui sont comme de grands navires voyageurs lorsque je ferme les yeux dans leur sillage, et qui promettent fermement l’été touché.


Mon été est ailleurs, entre banlieue et garrigue, dans les pierres rocailleuses des Gorges du Gardon. Si je ferme les yeux, je les sens sous mes pieds, me guidant sur des chemins incroyables où il faut se glisser entre de grandes roches blanches pour ne pas tomber, accrocher mes mains aux tiennes et aux arbres du sentier, construire des abris imaginaires pour grands enfants. Se baigner dans l’eau pure qui s’éclate en cuvettes accueillantes. Ramasser des cailloux, s’allonger dans l’herbe rase, cueillir le thym du repas, et le soir, s’amuser à préparer des repas colorés, éplucher les légumes, les couper en dés, en lamelles, les écraser au besoin. Broyer l’ail et l’échalote dans le pilon en y mettant son désir d’être là. Effleurer la musique, et garder dans sa tête les gestes, les émotions, les émois. Être prêt à goûter l’automne qui s’annonce.


L’automne comme un fruit mûr, saison de la vigne et du raisin, saison qui aspire au repos ! Les grands arbres de l’avenue sont les premiers à marquer son retour. Dès septembre, les marronniers se rouillent avant de lâcher leurs trésors cirés et luisants, que l’on aurait envie de savourer tellement ils sont beaux ! Dans mon jardin, les pommes reviennent. Mais on y goûte parfois de drôles de choses. Le jus des prunes et des poires éclate sur le macadam du trottoir, abandonnées. Dommage ! La pluie revient plus fort et plus souvent, mouillant nos vêtements pas assez chauds. Je rets chez moi. Je prépare tartes et gâteaux, j’invite pour goûter le plaisir de rassembler mes amis, et tout doucement, je me prépare aux sons de l’hiver.

jeudi 19 mars 2009

Cartes postales

mardi 17 mars 2009

QUARTIER LIBRE

Mon quartier est mal identifié.
Mon quartier a des problèmes d’identité.
On ne sait pas vraiment où il commence, où il s’arrête.
Ma ville est trop petite pour en compter beaucoup.
A part la grand route qui suit les bords de la Moselle, les artères latérales se tordent un peu dans tous les sens avant d’aller vers quelque part, un autre village, d’autres quartiers, une autre ville.
Et puis, j’habite presque à la frontière. Ma ville est collée à une autre ville, elles-mêmes sont attachées à la mégapole toute proche par un grand pont en travaux.
Alors mon quartier, vous pensez ! Je ne l’ai pas vraiment dans la tête.

Mais si j’y pense, lorsque je rentre chez moi, j'aime la longue allée d’arbres immenses qui me conduit à ma maison, platanes et marronniers qui marquent les saisons, et qui cachent la voix ferrée, les maisons, le collège si laid… et je me dis que j’ai de la chance d’habiter derrière une forêt.
Parfois, je me dis aussi qu’il est trop propre, mon quartier, trop sage, pas assez fou. Les habitants des villas voisines sont bien rangés dedans, si bien cachés, que je ne connais plus les humains qui habitent la quatrième à gauche. Trop loin !
A droite, il y a un café qui n’arrête pas de changer de propriétaire.
Au dessus, une dame qui parle allemand, avec ses deux grands fils. Un jour, j’en ai pris un pour le facteur ! c’est comme ça que j’ai su qu’ils habitaient à côté.
Après le café, il y a une rue, un monde à traverser, comme en face, trop loin ! Et je ne dirai jamais bonjour à celui qui a coupé tous les grands arbres de son jardin !

Dire que cela fait vingt-cinq ans que j’habite là !
Heureusement que mes voisins à moi, ceux qui sont tout près sont adorables !
Parce que parfois, j’ai envie que tout cela change, s’agite, ne soit pas de mauvaise humeur au premier tas de feuilles pas ramassé, au premier dessin sur le mur, qu’il passe un souffle solidaire dans ce quant-à-soi tranquille !
L’autre matin, j’ai traversé le froid pour rejoindre ma voiture. A l’arrêt d’autobus, des feuilles de papier s’envolaient d’un classeur en plastique noir. J’ai failli ne pas m’arrêter. Et puis, j’y suis retournée.
Quelqu’un de mon quartier avait oublié ses cours sur un muret, une vraie tête de linotte ! Comme mon fils ! Comme moi ! Il y avait une adresse. J’ai traversé mon quartier jusqu’à l’autre bout, et j’ai déposé le classeur sur le paillasson d’un appartement.
Ça m’a fait sourire toute la journée d’imaginer l’émotion de la jeune fille, le soir, lorsqu’elle est rentrée chez elle.

Du coup, il m’a semblé plus sympathique, mon quartier ! Plus vivant, moins étranger.

Instants liquides

Près des moulins…
Drôle de nom pour cette impasse grise encombrée de voitures.
Temps variable comme on dit sobrement en attendant la pluie.
Devant moi « le lavoir », Un lavoir rescapé d’un passé de
restauration. La mousse vert pomme qui a poussé sur les tuiles
lui donne un air charmant de vrai faux vieux.
Tiens, une voiture se met en route derrière moi !
Musique : opéra. Tiens, c’est un quartier où l’on écoute de l’opéra
sur son autoradio !
Plus loin le vieux pont relie deux rives habitées par des
immeubles HLM, en fait deux quartiers, la vieille colline
de Sainte Croix et les blocs carrés du Pontiffroy.
Une passante, tache de couleur qui s’éloigne sur les berges…
Elle s’arrête et se penche au-dessus de l’eau. Un instant.
L’heure est calme. Si ce n’était le vent, à certains moment,
rien ne bougerait.
Que de lignes droites dans ce coin de ville, de barres horizontales
et verticales qui dessinent de grands traits sur le plan.
Tiens, la passante au T-shirt coloré repasse devant moi.
Une voix dans les bosquets. C’est habité ! Puis le silence.
Revenons aux formes.
Ce qui est rond et qui bouge, c’est l’eau et le feuillage des tilleuls
Pas encore fleuris et sans odeur en ce soir de juin triste.
Là-bas sur une pile du pont, un, non deux pigeons, tout près des
pots de fleurs suspendus. Aujourd’hui, ça ne sera peut-être pas la
peine de les arroser. Est-ce que la petite camionnette de la ville
va jusque là ?
Un, deux, trois, cinq, six, dix passants d’un coup !
Décidément ce petit pont est le seul plan vraiment mobile de ce
paysage !
En réponse, ça clapote dans l’eau. Tout à coup une cane et ses six
canetons apparaissent.
Devant sur la pelouse, un petit merle me regarde. Il picore, lève
la tête, picore, lève la tête. Picore quoi ? Des miettes de pain ?
Drôle d’endroit pour des restes . Il me regarde toujours pendant
qu’un des petits canards se dresse de tout son long sur l’eau.
Les gens du soir continuent d’emprunter le pont, ceux qui rentrent
du travail, ceux qui reviennent de promenade, les mères avec leur
poussette. Vont vers les parkings, leur voiture, leur maison, leur
monde. Celui-ci n’est pas le leur, ce n’est qu’un monde de passage !
Une petite fille rit derrière moi et monte avec sa mère dans un
véhicule. Bientôt l’impasse sera vide.
Plus personne sur le pont. Ça ne va pas durer. Tiens, un insecte
rampant s’approche vers le blanc de mon feuillet. Du coup, je
bouge un peu et je vérifie qu’il n’y en a pas d’autre à proximité.
J’ai horreur de ça !
Ah ! Jogging. Excellent choix que ce coin tranquille.
Une question surgit tout à coup. Où sont passés les moulins ?
Où se cachent-ils,
Elle passe derrière moi en faisant du bruit avec ses nu-pieds. Elle
a les cheveux courts. Elle porte corsaire marine et chemisier blanc.
Elle est jeune et me sourit. Un homme l’attend sur le parking.
- « Comment ça va ?
- Ça va, et toi ? »
Drôle de conversation pour des amants !
Je me retourne. Non, décidément, ça ne colle pas. Lui est attifé
comme l’as de pique avec un T-shirt plein de nuages bleu ciel.
Et voilà ! Un « Bonne soirée ! » clôt leur conversation. Chacun
monte dans sa voiture et c’en est fini de leur rencontre.
Les cloches sonnent. Angélus ? 19h ? De quelle église viennent
-elles ? Les deux flèches de l’église Sainte Ségolène qui dessinent
deux cônes sur le ciel gris en face, me font un signe pour dire
« C’est nous ! »
Mais avec ce vent qui tourne, le son peut venir de n’importe où,
même de derrière moi.
D’ailleurs pour me donner raison, une autre petite cloche sonne,
Les deux sons se croisent et se prolongent. Les feuilles
des arbres se mettent elles aussi à émettre un petit claquement
répétitif.
Non ! c’est un petit moulin à vent qui tourne sur une fenêtre !
Et me voilà de retour aux moulins !
Moulins fanés et oubliés…
Moulin à grains, créneaux du vieux grenier plus loin sur la colline.
Mémoire des villes et pierres millénaires.
Où sont-elles dans ce coin de terre remanié ?
Que me confieraient-elles si je le leur demandais ?
De lourds secrets près du lavoir, des habits déchirés ?
Ou des choses légères aussi vite envolées, glissant comme un
sourire sur la surface liquide devant moi…
L’un d’eux est un soldat qui a laissé ses armes aux portes de la
ville. Pour aller à sa rencontre, il a attendu le soir.
L’orage qui guettait a facilité son escapade. Il est trop vieux
pour courir, mais il se presse. S’il arrive trop tard, il ne le verra
pas ! L’enfant sera rentré, et le moulin fermé. Un grand héron
cendré vole au-dessus de lui.
Son cri un peu grinçant me ramène à mon mur et à mon écriture.
Les petits canards sont partis. Il est temps d’y aller.
Il faudra que je revienne pour demander aux pierres la fin de
cette histoire !

mercredi 21 mai 2008

Le poil de la mariée

Chère Isabelle Poisson,

Je viens d’entendre parler de l’opération que vous lancez pour célébrer votre prochain mariage : Le poil de la mariée. J’avoue que je suis surpris. L’idée est osée mais tant qu’à faire dans l’art zazou, pourquoi non ? À mon âge, bientôt 85 ans, je pensais que plus rien ne saurait m’étonner, mais Le poil de la mariée, ça m’en bouche en coin. D’où a pu naître, dans votre esprit, l’association entre la mariée et le poil ? Surtout à une époque où les femmes s’épilent et se défolient d’arrache-pied, je devrai dire d’arrache-poil. Le poil semble être devenu le nouveau Satan de la jeune femme moderne. Éradiquons ! Éradiquons les poils superflus ! est leur nouveau mot d’ordre. Dans ma jeunesse, on n’en faisait pas une telle affaire. Mon épouse, elle-même, était raisonnablement velue.
Mais puisque Poil de la mariée il y a, j’accepte de participer à votre collecte. Vous comprendrez qu’à mon âge, des poils, on n’en a plus beaucoup. Il m’en reste toutefois deux belles touffes. Dans les oreilles. Je suis disposé à vous en faire don quand mon assistante de vie (dans ma jeunesse on disait bonniche, c’était plus clair) voudra bien procéder à la coupe. Malgré tout, je persiste à penser que vous avez de drôles d’idées. Que comptez-vous faire de tous les poils récoltés, un tapis ? un manteau que vous porterez le jour de vos épousailles ? Ça n’aurait jamais traversé l’esprit de feue madame Tournesol, mon épouse, qui s’est mariée en blanc, et vierge, je peux vous l’affirmer. Je m’égare…
Toute cette histoire m’intrigue et je vous saurais gré, à la réception de mes poils de me faire part de l’avancée de votre moisson pileuse.
Je vous souhaite, chère Isabelle, un heureux mariage et une longue vie conjugale.

Pr. Tryphon Tournesol
Home de retraite « Les joyeux turlurons »
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